Biographie

Yvan Gallé (3e à partir de la gauche, debout) aux côtés du Professeur Arnould et d'étudiants de l'école des Beaux-Arts de Poitiers

Yvan Gallé naît le 15 avril 1907 à L’Isle-Jourdain. Il effectue l’ensemble de sa scolarité à Poitiers, où il suit également les cours de l’École des Beaux-Arts. Il y est l’élève de Fernand Serreau, alors directeur des Beaux-Arts de la ville, dont l’enseignement rigoureux du dessin et de la composition marquera durablement sa pratique.

Au début des années 1930, Gallé s’oriente vers le dessin publicitaire. Il est engagé par l’agence Ariste, située Grand’Rue à Poitiers, qu’il rachète en 1934 alors qu’elle traverse des difficultés. Il la développe sous son propre nom, en introduisant des procédés graphiques et des modes de communication alors considérés comme modernes. Cette activité commerciale, loin d’être marginale, nourrit directement son langage plastique. C’est dans ce contexte qu’il réalise ses premières gouaches dites « modernes », caractérisées par une construction claire, un sens affirmé de la couleur et une stylisation héritée des arts décoratifs. Ces œuvres, soutenues par quelques journalistes et personnalités locales, rencontrent cependant une réception réservée auprès du public poitevin.

Sociétaire des Artistes Français, Yvan Gallé obtient une récompense au sein de ce salon. En 1937, il reçoit une commande officielle pour l’Exposition internationale de Paris : la décoration de la Salle Maritime du pavillon Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois. Il y réalise un panneau décoratif de seize mètres carrés, inspiré des paysages marins de la côte vendéenne et charentaise. Cette expérience marque une étape importante dans son parcours et confirme son intérêt pour les compositions de grand format et les ensembles décoratifs.

Après la Seconde Guerre mondiale, Gallé s’impose comme peintre professionnel. Dès 1947, il s’installe avec sa famille dans une maison de la rue des Carmélites, à Poitiers. Il y déploie une œuvre décorative ambitieuse composée de fresques inspirées de la mythologie et de thèmes symboliques, parmi lesquelles La Naissance de Vénus, L’Âge d’or ou Le Jardin des Hespérides. Il conçoit également le mobilier de son salon, aux lignes sobres et modernes pour l’époque, ainsi que des sculptures intégrées à l’espace, affirmant une conception globale de l’art, proche de l’esprit des années Art déco.

Parallèlement, Gallé reçoit de nombreuses commandes publiques et privées. En 1950, l’Université de Poitiers lui confie la décoration du restaurant universitaire de la rue Roche d’Argent, pour lequel il imagine une évocation de la vie estudiantine à l’époque de Rabelais. Il réalise également des décors peints au château de Dissay, des bas-reliefs pour des établissements poitevins et diverses commandes pour des institutions locales. Ses fresques abordent fréquemment des thèmes régionaux ou historiques, mêlant légendes, figures médiévales et références littéraires.

Sur le plan pictural, son œuvre est d’une grande diversité. Aux gouaches exposées dans les salons régionaux, notamment au Salon de l’Orientine à Poitiers et au Salon des Amis des Arts de Niort, s’ajoutent des huiles sur toile représentant des paysages, des scènes marines, des nus et des natures mortes. Dans les années 1950, il participe à plusieurs expositions collectives à Poitiers, Niort, La Rochelle ou Châtellerault. Ses nombreux voyages entre 1952 et 1965 nourrissent une production de paysages variés, tandis que ses nus, parfois jugés audacieux pour l’époque, témoignent d’une liberté de ton peu commune dans le contexte local.

Malgré cette pluralité, Gallé est surtout connu, de son vivant, pour ses natures mortes et ses peintures florales. Ses bouquets de dahlias, de zinnias ou de roses de Noël, souvent disposés dans des pots de cuivre, rencontrent un succès durable auprès de la clientèle poitevine. Ces œuvres, plus classiques dans leur sujet mais d’une grande maîtrise chromatique, assurent une part importante de ses revenus et contribuent à forger son image publique, parfois au détriment de la perception de ses recherches plus modernes.

À partir de 1965, la maladie de Parkinson ralentit progressivement son activité. Il cesse définitivement de peindre quatre années avant sa mort, survenue à Poitiers le 28 novembre 1975. Son œuvre, estimée à environ 2 500 peintures réalisées entre les années 1930 et 1960, demeure largement dispersée.

Une reconnaissance plus large intervient après sa disparition. Il est exposé au musée de Poitiers en 1989, puis un hommage important lui est rendu en 1993 à la galerie Carnot, où sont présentés quarante tableaux des années 1940. Depuis, l’intérêt pour son travail ne cesse de croître, porté notamment par des recherches universitaires et par la transmission familiale. Artiste prolifique, à la croisée de la peinture de chevalet, des arts décoratifs et de la commande publique, Yvan Gallé apparaît aujourd’hui comme une figure singulière de la scène artistique régionale du XXᵉ siècle, dont l’œuvre mérite d’être envisagée dans toute sa diversité.