Les nus

Nu : huile sur toile 27 x 35 cm

Le nu occupe une place discrète mais essentielle dans l’œuvre d’Yvan Gallé. Moins visible que ses natures mortes ou ses peintures florales, il témoigne pourtant d’un travail exigeant, mené en marge des attentes du public de l’époque.

Formé au dessin académique, Gallé aborde le nu comme un exercice de construction et de justesse. Les œuvres, réalisées principalement à l’huile sur toile dans les années 1940 et 1950, présentent des corps posés avec sobriété, sans mise en scène narrative. Les poses sont simples, souvent allongées ou assises, et le regard du modèle est généralement détourné. La lumière est douce, les volumes soigneusement modelés, la palette mesurée, traduisant une recherche d’équilibre plutôt qu’un effet spectaculaire.

Gallé ne faisait pas poser ses modèles. Les séances de pose étant longues et contraignantes, et la photographie de nu strictement encadrée voire illégale à l’époque, il faisait réaliser des clichés en privé par des photographes de sa connaissance. Ces photographies lui servaient ensuite de support de travail à l’atelier, lui permettant de peindre avec précision tout en préservant les modèles de séances éprouvantes et d’une exposition publique délicate.

Malgré cette approche mesurée, certains nus furent perçus comme audacieux dans le contexte local de l’après-guerre. Qualifiés parfois de « peinture osée », ils se situaient pourtant dans une tradition classique, attentive à la dignité du corps et à la rigueur de la composition.

Ces œuvres relèvent d’une recherche plus personnelle, éloignée des commandes décoratives qui assuraient l’essentiel de ses revenus. Elles révèlent un peintre attaché aux fondamentaux de son art, soucieux de liberté formelle et de cohérence, et contribuent aujourd’hui à mieux comprendre la diversité et la profondeur du travail d’Yvan Gallé.